dimanche 13 mai 2012

Col bleu

"De nos jours, l'expression col bleu est un terme d'argot utilisé pour désigner des individus faisant partie du bas de la hiérarchie de l'entreprise, en particulier les ouvriers et les exécutants des tâches manuelles, par opposition aux cols blancs qui en représentent les dirigeants et les cadres.

Un col bleu est un membre d'une classe ouvrière qui exécute un travail manuel et gagne un salaire horaire. Les cols bleus se distinguent des cols blancs, dont le travail n'est pas considéré comme manuel." ( fr.wikipedia.org)

Pourquoi ce thème aujourd'hui ? Pour varier les COLS. Alors j'aurais pu vous entretenir de col blanc ou de colvert. Mais je n'ai aucun intérêt particulier pour la faune, donc exit le colvert.

Alors que col bleu me parle plus. Pourtant je n'en suis pas une si on s'en tient à la définition ci-dessus. Ni col blanc d'ailleurs. Je me rapprocherais plus actuellement de la blouse grise. 

Et, oui, certains métiers sont - ou ont été - caractérisés par un vêtement. Il semblerait que l'expression "col blanc" remonte au XIX ème siècle, quand les employés de banque devaient porter une chemise immaculée. Les blouses blanches désignent de manière générale les métiers médicaux et paramédicaux. Sur les bords des routes on peut croiser les petits hommes oranges.  J'avais une représentation de pantalon de boucher à petits carreaux ou pied de poule gris/blanc, mais en fouinant sur Internet, je constate que je suis en retard : aujourd'hui la gamme de couleur s'est étendue. Savez-vous qu'il existe toujours une blouse de maquignon, certains distributeurs l'appellent "blouse Villette", pour d'autres c'est la blouse Auvergnate.

Mais revenons à notre col bleu. Si le col blanc blanc désigne la chemise, "le terme col bleu provient de l'habit de travail des ouvriers, une combinaison de toile bleue portée pendant le travail." (Wikipedia)


Pourquoi bleu, et pas vert, marron ou toute autre couleur ? Je me suis souvenue d'un livre acquis à Aix en Provence, qui raconte la saga du textile entre Provence et Cévennes, où il était question de la couleur bleue. J'ai mis un moment à le trouver car il s'était glissé derrière le meuble, mais mes livres étant sacrés, il fallait absolument que je le retrouve, quitte  à y passer la nuit !
"C'est au XIIème siècle que la couleur bleue pénétra la société, au travers de son usage dans la peinture et l'héraldique. Au siècle suivant, elle envahit tous les domaines, ce qui fait dire aux historiens qu'on assista à "un raz de marée bleu". Jusqu'alors absent du vestiaire d'apparat, le bleu devint la couleur des princes, des rois et bien mieux encore, celle de la Vierge Marie. Auparavant, les teinturiers ne savaient obtenir qu'un bleu sale, terne que portaient les paysans lorsque leurs vêtements étaient teints. Désormais, avec l’indigo, mais aussi la guède, on savait produire des tons intenses et lumineux qui étaient les qualités recherchées dans la palette médiévale. [...]

En Europe où elle est cultivée depuis le Néolithique, la guède a longtemps été la seule source de teinture bleue. Son nom provençal, le pastel, désigne un produit pâteux et a fini par désigner la plante elle-même. [...]  

Mais le développement des routes commerciales vers l'Extrême-Orient eut raison de ce succès, en apportant la concurrence de l'indigo, nom qui fut donné à ce colorant en raison de sa provenance. En Inde, son nom est le nil. En Egypte, le Nil signifie "fleuve bleu". [...]

Les pouvoirs colorants de l'indigo sont 30 à 40 fois supérieurs au pastel ! [...] " 

L'utilisation de cette plante déclinera avec l'apparition des procédés chimiques de teinture.

"A la différence des autres colorants naturels, l'indigo ne se dissout pas dans l'eau. Il est en outre impossible de teindre un tissu avec de la poudre d'indigo mélangé à de l'eau. Il faut au préalable "monter la cuve", soit préparer un bain de teinture. C'est pourquoi l'indigo est un colorant de cuve. On va le transformer en un dérivé incolore dans une solution alcaline. Le textile y est plongé. Comme par miracle, lorsqu'on sort le tissu pour l'exposer à l'air, l'indigo redevient bleu en s'oxydant. Et comme il est prisonnier des fibres, il est très résistant à la lumière. [...]

Pour des raisons d'économie, on réutilisait les cuves de bleu qui avaient servi d'abord pour des productions plus luxueuses, que l'on ravivait en rajoutant de l'indigo. Historiens et sociologues expliquent ainsi le fait que l'usage du bleu dans les vêtements de travail se soit répandu dans le Midi. [...]"

Les vêtements bleus de l'ouvrier ont inspiré la styliste Sakina M'Sa. En compagnie d'Olga, j'ai visité au Petit Palais en août 2007,  l'exposition "L'étoffe des héroïnes" qui m'a fait connaître cette créatrice et son parcours qui me plaît bien. (Le texte suivant est extrait de www.reussirmavie.net)

"Née aux Comores en 1972, Sakina M'sa est arrivée en France, à Marseille, à l'âge de 7 ans. Au collège déjà, elle organise un défilé de mode en fin d'année scolaire. "Les mannequins étaient mes copines, les vêtements étaient créés à partir de la nappe cirée de ma mère, des torchons, des boîtes de conserve et de carton... Je ne savais pas coudre" raconte-t-elle. En classe, elle aime la poésie, l'histoire, la géographie. Mais son mode d'expression à elle, c'est le vêtement. Elle suit des études de stylisme à l'Institut supérieur de la mode, un apprentissage chez une costumière... et se lance dans un travail de création très personnel, organisant des défilés dans des usines, des bains-douches, des cabines téléphoniques, des cafés.
On remarque son talent, elle gagne bourses et prix, ce qui ne l'empêche pas de connaître la galère et les petits boulots avant d'échouer, à Bagnolet, en Seine-Saint-Denis (93) où elle installe son atelier. 
Styliste de mode, Sakina M'sa ne se contente pas de créer des vêtements. Dans sa maison de couture d'insertion, elle aide des femmes sans emploi à remettre la main à l'aiguille. Et encourage les jeunes des cités (et du 93) à croire à leur talent.


Dans ce département marqué par la diversité des cultures, la Comorienne est comme un poisson dans l'eau. Elle poursuit son travail de styliste, créant tous azimuts, accumulant matières et tissus, plongeant aussi dans le "tissu social". Elle ne se contente pas de créer des vêtements métissés, héritiers de toutes les traditions esthétiques, ou de coller sur ses modèles des petits bouts de tissus qu'elle a fait séjourner dans la terre aux quatre coins du monde (histoire de les imprégner d'une signification particulière). Elle ne veut pas seulement donner une seconde vie à des vêtements transformés, mais veut aider des femmes issues de l'immigration à trouver un emploi, des jeunes à croire en leurs talents. 

Pour cela, elle crée un atelier d'insertion par la couture, l'association Daïka. Des femmes issus de l'immigration et sans emploi y apprennent non seulement à coudre (ce qu'elles savent souvent déjà), mais à s'y exprimer en créant de véritables collections qui peuvent être présentées dans des défilés de haute couture et commercialisées. Car chez Sakina M'sa, l'ambition sociale va de pair avec l'exigence culturelle et professionnelle. Dans cette maison de couture d'insertion, on veut produire des vêtements dans les règles de l'art des grands ateliers. Les femmes sont encadrées par Sakina M'sa elle-même, mais également par un chef d'atelier issu d'une grande maison de couture qui a pour mission de transmettre des savoir-faire très précis. En même temps, les participantes de l'atelier sont suivies socialement et aidées à bâtir chacune un projet professionnel.

En montant le projet "l'étoffe des héroïnes", la styliste a voulu continuer à faire le grand écart entre la haute couture et la grande précarité. Prenez un lot de vêtements récupérés par Emmaüs. Un kit couture complet fait de machines, ciseaux, épingles, tissus et matières en tout genre. Maintenant, examinez sur des tableaux du 16e au 19e siècle la représentation des vêtements : les matières et contrastes, les motifs et couleurs, les corps, ce qui est montré, ou caché, les canons de la beauté... Emparez-vous de magazines féminins, découpez les tenues des mannequins et jouez aux cadavres exquis, collez sans souci des conventions. Enfin, dessinez et prenez l'aiguille pour réaliser vraiment votre robe rêvée, celle qui exprime votre être le plus intime et le plus fou. 

Trois femmes de l'association Emmaüs ont participé aux ateliers de customisation, dont deux, sans domicile fixe, étaient hébergées dans un centre d'urgence. Dynamisée par l'expérience, l'une s'est lancée dans une recherche active de travail et s'est inscrite à un cours d'apprentissage de la langue française. Une autre s'est inscrite dans une formation qu'elle a réussi à financer elle-même. La troisième a repris confiance en elle en découvrant ses capacités créatrices."

Voici un aperçu de cette exposition (www.rfi.fr/francefr/articles/091/article_53569.asp - photo Danielle Birck/ RFI)

© Séverine Maublanc

(Photo : Danielle Birck/ RFI)

(Photo : Danielle Birck/ RFI)



(Photo : Danielle Birck/ RFI)



En 2011, Sakina M'Sa a revisité le bleu de travail pour rendre hommage au monde ouvrier. Surprenant, mais emblématique de la démarche de la styliste: rendre leur dignité aux travailleurs modestes et encourager la mixité sociale. Vous pouvez visiter son site pour en savoir plus : www.sakinamsa.com

Beaucoup de bla-bla autour du col bleu. Mais l'origine de ma réflexion était bien sûr le fait que je suis fille de col bleu. Seulement depuis une génération, car comme pour beaucoup de provinciaux, il ne faut pas remonter bien loin dans l'arbre généalogique pour croiser des petits paysans.

Ce livre est une compilation de photos qui me parlent toutes les unes plus que les autres. Dans mes archives personnelles, je n'ai trouvé que celle-là pour illustrer mes racines :
Michèle et Denise en 1985 à Cavanié

vendredi 4 mai 2012

Âmes sensibles s'abstenir

Jean-Pierre nous a donné le 1er mai sa vision du travail. Je n'ai pas tout à fait la même représentation que lui de ce mot.
Illustration : quand il est accaparé par son blog et que je lui demande si son travail avance, il me répond que ce n'est pas du travail !

J'ai donc consulté mon copain Larousse qui donne 13 significations pour ce mot :
  1. Activité de l'homme appliquée à la production, à la création, à l'entretien de quelque chose : travail manuel, intellectuel
  2. Activité professionnelle régulière et rémunérée
  3. Exercice d'une activité professionnelle, lieu où elle s'exerce
  4. Ensembles des opérations que l'on doit accomplir pour élaborer quelque chose
  5. Toute occupation, toute activité considérée comme une charge : les enfants, ça donne bien du travail (Je laisse l'entière responsabilité de cette affirmation à Larousse)
  6. Ouvrage réalisé ou à réaliser , manuel, artistique, intellectuel
  7. Manière dont un ouvrage ou une oeuvre ont été exécutés
  8. Technique permettant de travailler une matière, d'utiliser un outil ou un instrument : apprendre le travail du bois
  9. Exercices accomplis pour acquérir la maîtrise d'une activité
  10. Activité laborieuse de l'homme considérée comme un facteur essentiel de la production et de l'activité économique
  11. Effet, résultat  utile produit par le fonctionnement de quelque chose : évaluer le travail d'une machine
  12. Action continue produite par un élément ou un phénomène naturel ; modification subie par un milieu, une matière qui en est l'objet : le gauchissement d'une poutre dû au travail du bois
  13. Modification, évolution lente due à une cause extérieure : laisser faire le travail du temps
Je vous fais grâce des définitions au sens médical, physique, psychanalytique, psychologique et sociologique !

Dans son couplet sur le travail, Jean-Pierre nous parlait il me semble de l'activité professionnelle régulière et rémunérée. Mais quand je lui dis qu'il travaille à son blog, je ne fais pas un abus de langage. Isabelle a raison, c'est très instructif de consulter un dictionnaire.

Mais pourquoi donc ce titre ? Si Jean-Pierre veux vous apporter la preuve de ma varicelle, il va devoir accomplir un ensemble d'opérations :
  1. Trouver la boîte où sont rangées les diapositives de cette randonnée 1986. Petite leçon de choses pour les plus jeunes : ordinateur, Internet, photos numériques sont des outils des temps modernes. Les moins jeunes ont peut-être connu la joie de suspendre un drap blanc au mur pour projeter des images à l'aide d'un appareil commandé manuellement - non, non, il ne s'agit pas des veillées dans les chaumières qui sont bien plus anciennes et que je n'ai pas connues, je n'ai que 50 ans, il ne faut pas exagérer quand même - quoi que .... j'ai souvenir de montages diapositives retraçant nos randonnées de 1985 et 1986 et présentés à ma famille réunie à Cavanié autour d'un feu de cheminée pour se régaler de châtaignes grillées  ....
  2. Passer en revue les diapositives à la recherche de la varicelle de Lolo
  3. Numériser la diapositive à l'aide de l'appareil adéquat - oui, nous avons aussi ce gadget ...
  4. Faire les retouches nécessaires
Ce qui devrait prendre un certain temps. Mais c'est vrai que blogger est un travail choisi, pour lequel Jean-Pierre ne compte pas son temps. Je dois avouer que je me suis même moquée gentiment de son nouveau "joujou". Finalement, je me suis moi aussi prise au jeu, et je suis bien ferrée !

En 2005, j'ai fait développer un certain nombre de diapositives témoins de nos randonnées cyclistes, avec l'idée d'en faire des pêles-mêles (voir http://cinquantecols.blogspot.fr/2012/04/blog-decousu.html).

Et puis, comme souvent, une idée en a poussé une autre et ces photos attendent dans un tiroir. Il n'y a pas un proverbe autour de qui sait attendre ?

Oui, vous piaffez d'impatience ! Ne stressez pas, cela n'en vaut pas la peine !

En 1986, notre voyage annuel en vélo devait nous conduire de l'Aveyron en Seine et Marne. Comme prévu, nous sommes partis de
Mais nous ne sommes pas arrivés en tandem en Seine et Marne, n'étant pas en état de poursuivre :
Notre voyage s'est arrêté à Bort les Orgues où nous avons pris un train pour Brive, puis la capitale.

Et aujourd'hui, pourrions-nous faire cela ? Y a-t-il encore des trains qui partent de Bort les Orgues ? Après recherche, il semblerait qu'il n'y ait plus de train au départ de cette ville, mais il y a un bus pour rejoindre Ussel. De là, il faut prendre un  TER jusqu'à Limoges. Je nous imagine à charger notre tandem dans les soutes du bus !





Le mercredi 25 avril : Autour d'Allanche

Allanche, petit village au coeur de l'Auvergne, est célèbre pour ses vaches qui paissent durant la belle saison dans ses verts pâturages.
Nous y sommes passés pour la première fois en août 1986 sur notre beau tandem.
 Nous avons même passé une nuit au camping municipal, bercés par le son de l'accordéon (au début de la nuit) puis par le son des cloches des vaches !
Aujourd'hui, nous y revenons pour une petite étape de cols car il y en a quelques-uns alentour.
Nous prenons la route de Maillargues, ses bâtisses massives,...
...sa croix de pierre,...
...sa fontaine et...
...son vieux four.
La montée est déjà commencée vers le col de Combalut.
Au loin, la neige est toujours présente.
Quelques vaches ont passé l'hiver ici mais bientôt il y en aura bien plus.
Un arbre solitaire nous regarde grimper vers le premier col de cette belle journée qui s'annonce malgré la température un peu fraîche.
Et après 5 kilomètres de grimpette, nous atteignons ce col N° 14...
Dans la descente nous passons dans le hameau de Vélonière : c'est d'actualité en ce moment, Vélon'hier, Vél'aujourd'hui et Vélo-demain !
Et tout de suite, nous retrouvons une montée sur la (ou le ?) véloroute du Cantal.
Des éoliennes dénaturent un peu le paysage...
...mais cela semble être le grand chantier du moment dans la région.
Et nous voici déjà arrivés au col de Baladour (En hommage à un certain EdUard BaladOUr, peut-être ?)
Le col suivant est franchi dans la foulée, avant d'attaquer une longue descente...
...qui nous permet de franchir la Sianne, au bord de laquelle nous prenons une petite pause (pose ?).
Car nous savons qu'une dure montée nous attend même si cela indiffère nos amies les bêtes !
Tous ces petits villages sont vraiment éloignés du monde et il vaut mieux avoir un bon four pour cuire le pain... Tu oublies d'acheter la baguette à la boulangerie la plus proche et tu manges des cailloux au petit déjeuner !
Nous retrouvons la neige.
Ce qui n'empêche pas Lolo de monter doucement mais sûrement ...
...vers le col de Chanusclade où nous pouvons entamer une bataille de boules de neige !
Et tranquillement, nous augmentons le nombre de cols franchis. Celui-ci, en venant de Vèze, fut incontestablement le plus difficile à atteindre, la pente étant par endroit très raide !
Pour quelques kilomètres, nous passons dans le Puy de Dôme où...
...nous arrivons à notre plus haut col de l'année (Pour l'instant, car nous avons bon espoir d'en franchir certains au-delà des 2000 mètres, ce sera pour les beaux jours !) : Presque 1300mètres.
Et c'est l'occasion d'un auto-portrait hivernal...
Dans ce paysage enneigé, nous continuons notre parcours en montagnes russes.
Après ce col du Fortunier, nous allons redescendre vers Allanche.
Mais pas question de nous arrêter là !
Laurence veut son 20ème col ! Et elle l'obtient en repartant comme le matin vers Maillargues. Puis ectte croix qui n'existe plus...
Et c'est l'occasion pour moi de photographier le petit arbre du matin sous un autre angle...
De retour à Allanche, nous allons prendre un verre...
...au café de la Mairie qui nous avait déjà accueilli il y a plus de 20 ans. 
En effet, avant de quitter le village un dimanche matin de 1986, nous nous y étions réfugiés le temps de laisser passer un violent orage.
Le lendemain matin après une nuit à l'hôtel à Bort les Orgues, nous abandonnions notre périple en rentrant en train à Paris : Laurence avait la varicelle ! (Il faut que je recherche la diapositive...)
Le Modern'hôtel où nous avions dormi lors d'un autre voyage dans la région est aujourd'hui à l'abandon.
Et s'il reste encore quelques commerces,...
...on peut se demander ce qui fait vivre cette France "profonde".
La France d'en-haut est grise...
...mais que la montagne est belle !